La Grande Guerre

Les colonies françaises

  • L'importance des colonies

Au cours des années 1850, le général Faidherbe, commandant et gouverneur militaire du Sénégal, réalise rapidement que le peu de troupes métropolitaines qu’il commande, supportent mal le climat et les maladies tropicales. Sur le modèle des troupes d’Algérie, il demande la création de tirailleurs sénégalais pour continuer la colonisation dans l’Ouest africain. Dès le 21 juillet 1857, un décret impérial autorise ce recrutement. En 1900, le premier régiment de tirailleurs sénégalais est opérationnel. En France, les ministres de la Guerre, les lobbies, les colons n’approuvent pas cette ingérence militaire dans les colonies. Il faut attendre l'incident de Fachoda avec les britanniques pour que le général de Galliffet autorise le recrutement des troupes noires. En 1910, le général Mangin écrit un livre, la force noire, dans lequel il reprend la théorie de la combativité des guerriers africains et la nécessité d’étendre leur rôle, en cas de guerre, au théâtre européen. Il fait connaître publiquement ses idées et récolte des soutiens politiques et militaires. Le but est d’obtenir une loi de conscription en Afrique noire. En 1914, les forces militaires françaises sont réparties en trois grands groupes d'armées. Le groupe n°1 est l'armée de la Métropole. Le groupe n°2 est l'armée coloniale composée de troupes métropolitaines, casernées en France et appelées à servir dans les colonies ou stationnées dans les colonies. Cette armée comporte également des tirailleurs indigènes commandés par des métropolitains. Le groupe n°3 est l'Armée d'Afrique qui comprend les unités d’Afrique du Nord, composées de Français d’Algérie, de Tunisie et du Maroc, de métropolitains engagés aux côtés d’Algériens, de Tunisiens et de Marocains. Plusieurs corps constituent l’armée d’Afrique : la Légion étrangère qui s’est illustrée dans presque toutes les conquêtes coloniales, des régiments de zouaves, de tirailleurs, de chasseurs d’Afrique, des unités auxiliaires, les goumiers marocains, réunis en tabors. Par ailleurs, des bataillons d’Afrique reçoivent des hommes qui ont été condamnés à des peines légères. Ces condamnées, surveillés et commandés sévèrement, fournissent un appoint non négligeable Ces trois groupes dépendent d'un seul état-major général. Les colonies françaises jouent un rôle important dans le conflit mondial en fournissant soldats, main-d'oeuvre et matières premières nécessaires à la poursuite de la guerre par la Métropole. Ainsi l'effort de guerre colonial se traduit par l'apport de 600 000 soldats, dont 450 000 sont envoyés en Europe, et 200 000 travailleurs.

Crédit photo : Arch. nat.
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Sur le continent asiatique, la situation est différente. Une force jaune est constituée avant 1900 en Indochine. Ce sont les tirailleurs annamites qui participent à la guerre contre les Boxers sous les ordres du colonel Pennequin. Mais l’éloignement et les révoltes ne facilitent pas de nouvelles levées et la formation de nouveaux contingents.

  • Le recrutement

La mobilisation générale du 02 août 1914 révèle rapidement le nombre insuffisant de soldats français face aux troupes allemandes. La guerre courte apparaît comme un mythe, l’empire colonial commence dès lors à être perçu comme un réservoir de soldats. Rapidement, des décrets spéciaux permettent de recruter librement dans tout l’empire colonial. Dès 1914, des agents recruteurs indigènes payés pour leur action, de grands chefs de tribus, la police indigène et des missionnaires se rendent dans les villages pour haranguer la population montrant l’importance de participer à une oeuvre commune contre les barbares turco-allemands attaquant la mère patrie. Deux bataillons algériens, formés antérieurement en Algérie, sont envoyés en Belgique où ils sont décimés en novembre 1914 et remplacés par des tirailleurs sénégalais, eux-mêmes écrasés devant Arras. Devant ces échecs, un recrutement autre que celui d’engagés volontaires non préparés, s’impose. Les Hindous sont aussi incorporés. Les cinq comptoirs français fournissent un bataillon qui débarque à Marseille le 26 septembre 1914. Ils rejoindront les Hindous du corps d’armée britannique comprenant 90 000 hommes, dont 20 000 seront tués. Ces hommes jouent un rôle essentiel dans le nord de la France et en Belgique, grâce à l’action de leurs sapeurs et de leurs mineurs. La réorganisation de cette nouvelle armée qui doit s’adapter à une guerre européenne, ne se fera pas sans mal, ni sans pertes. Certains régiments, comme ceux de la Légion étrangère, sont complètement transformés : la dissolution de ses bataillons en Indochine en octobre 1914 entraîne le retour de 400 légionnaires en Europe. Avec les 3 000 légionnaires de métropole, la fusion s’opère dans le Régiment de marche de la Légion étrangère.

En 1915, le recrutement s'accélère vu le nombre effroyable des pertes et le fait que le front s'est transformé en plusieurs fronts. Ainsi Salonique, le Moyen-Orient, l'Europe centrale et les colonies allemandes en Afrique sont devenus des fronts où les combats sont engagés et parfois très meurtriers. Un deuxième corps d’armée est alors constitué avec des réservistes français et des Sénégalais. Ce sont les premières unités mixtes. De nombreux cargos débarquent ces « indigènes » en France dans des camps qui occupent tout le sud et le sud-est de la France, particulièrement autour de Marseille, Toulon et Nice. Si les promesses de récompenses, de prime d'engagement payable à l'arrivée au corps (200 francs français), d’allocations aux familles nécessiteuses (entre 6 et 15 francs français par mois), d'une indemnité de veuve (120 francs français par mois) et de soldes (0,50 franc français par jour), procurent au début, pour des raisons économiques, de nombreuses jeunes recrues, l’âpreté des combats et la brutalité lors de nouveaux recrutements découragent peu à peu les populations « indigènes ».

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En juillet 1916, de nouveaux contingents d’engagés volontaires avec des anciens d’Algérie et d’Indochine viennent compléter les effectifs français. En 1916 et 1917, 45 % des Sénégalais sous les ordres du général Mangin sont tués, blessés ou faits prisonniers, lors de l’offensive Nivelle au Chemin des Dames. Cela provoque la dispersion des compagnies de Sénégalais dans des tâches subalternes et un ralentissement du recrutement dans les colonies car les jeunes hommes restés au pays et les familles connaissent les résultats de ces batailles meurtrières. De plus, l’économie se ressent de ces départs de jeunes agriculteurs, les villages souffrent de pauvreté et les colons se plaignent de ne pouvoir fournir la demande des armées. Malgré cette situation difficile, un décret du 07 septembre 1916 soumet les indigènes à un régime de recrutement presque semblable à celui des Français en particulier pour les auxiliaires. Toujours en quête de recrues, le ministère de la Guerre doit se tourner vers d’autres colonies de l’Asie et de l’Océanie. Ainsi, le 03 décembre 1916, un bataillon de tirailleurs du Pacifique, formé de Kanaks, est envoyé en France.

Le 10 novembre 1917, 710 tirailleurs kanaks et tahitiens embarquent à bord d'un navire français. Le 10 mai 1917, un bataillon de tirailleurs indochinois arrive à Salonique, dans l’Armée d’Orient. Près de 43 000 hommes, surtout des Tonkinois, combattent en 1916 dans les tranchées et seront amenés à Salonique en 1917. Face à ces conditions de plus en plus difficiles dans les colonies françaises, les « indigènes » commencent à se rebeller. Des révoltes éclatent en Afrique du Nord, en Afrique noire, en Indochine, à Madagascar et en Nouvelle-Calédonie. Les villageois et villageoises s’opposent au recrutement et aident les déserteurs. La répression est très dure dans la plupart des cas et l’année 1918 s’annonce difficile.

En mars 1918, de nouveaux recrutements sont lancés et permettent l'envoi de 5 divisions supplémentaires sur les différents fronts. Le panachage des bataillons blancs et noirs est repris, ce qui redonne de l’efficacité aux troupes noires. La victoire de Reims en 1918 en reste un exemple fameux. Les tirailleurs sénégalais formeront finalement 137 bataillons qui combattront en France et sur le front d’Orient où ils sont très appréciés. Cependant, il sont étroitement surveillés à cause de leur religion qui peut les rapprocher des ennemis turcs musulmans.

  • Les critiques

La présence de combattants non-Européens en nombre sur le continent européen dès le début de la guerre donne lieu très rapidement à de violentes discussions, tant dans les pays qui mobilisent ces soldats qu'en Allemagne. Lors de leurs premiers combats, les troupes coloniales subissent de très lourdes pertes, si bien que certains officiers commencent à douter de leur valeur militaire. L'opinion publique française voit les soldats coloniaux comme des êtres primitifs et belliqueux, ce qui convient donc bien comme troupes de choc au front. Cette image peu flatteuse a pour conséquence que certaines troupes africaines sont mal accueillies surtout à la Côte d'Azur. Afin de faire disparaître ces craintes non justifiées, l'armée décide dès le début de l'année 1916 de changer l'image des troupes africaines grâce à une propagande qui montre ces soldats comme de grands enfants, intellectuellement "inférieurs" et de ce fait totalement dépendants de leurs supérieurs blancs. Le sort de ces Africains est étroitement lié au général Mangin qui, depuis le début du conflit, propose la formation d'une force noire. En avril 1917, le 2e corps colonial participe à l'offensive en Champagne. La moitié des forces africaines périssent au cours de cette offensive. Le général Mangin est limogé fin avril 1917. Dès lors, de plus en plus de dirigeants estiment que le réservoir à soldats des colonies est épuisé. En septembre 1917, le recrutement en Afrique de l'Ouest est suspendu. Le gouverneur général, Joost Van Vollenhoven, prend cette décision car selon lui la priorité de l'Afrique est l'utilité économique pour la France et non pas l'utilité militaire. Il argumente également sa décision par le fait que le recrutement devient de plus en plus compliqué et que les oppositions sont de plus en plus fortes parmi les peuples africains concernés.


Les troupes d'Afrique du Nord

  • Les Zouaves

Le corps des zouaves est le premier constitué par la France en Afrique, suite à la conquête de l'Algérie. Entre 1830 et 1854, quatre régiments sont créées comme troupes de la Régence d'Alger. À cette époque, ces régiments sont mixtes. Ils sont composés de Français et d'Algériens. Mais à partir de 1842, les régiments de zouaves deviennent exclusivement européens. Suivant le plan de mobilisation, les zouaves prennent part à la Grande Guerre par « régiments de marche de zouaves » (RMZ), ce qui permet de laisser en Afrique du Nord une unité de dépôt correspondante. Quelques régiments se composent de deux bataillons de tirailleurs et d'un de zouaves, ils forment alors les « régiments mixtes » (RMZT).

Août 1914, arrivent au front des bataillons sortis des quatre régiments d’active. Les bataillons du 2e régiment de marche servent au Levant.

En décembre 1914 et en janvier 1915, se forment de nouveaux régiments de zouaves, trois formés en Algérie :
  • le 7e (issu de bataillons des 1er et 4e Zouaves), qui deviendra mixte, puis finalement RMTA (régiment de marche de tirailleurs algériens) ;
  • le 2e bis (issu de bataillons de réserves du 2e Zouaves) ;
  • le 3e bis (issu de bataillons de réserves du 3e Zouaves).
Deux formés au Maroc :
  • le 8e (issu du RMZ de la Division marocaine composé des bataillons suivants : I/1er, III/2e, II/3e et IV/3e Zouaves) ;
  • le 9e (issu du RMZ de la 3e Brigade du Maroc composé13 des bataillons suivants : II/1er, III/1er et I/4e Zouaves).
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Après les premières batailles, l'état-major français consent à réformer la tenue du zouave dite « à l'orientale » jugée trop voyante et inadaptée pour le théâtre des opérations en métropole, en adoptant en 1915, la tenue de drap kaki dite « moutarde » caractéristique de l'armée d'Afrique et des troupes coloniales.

  • Les Tirailleurs algériens

Depuis 1840, des régiments de tirailleurs sont constitués par des hommes originaires d'Algérie. À l'origine, l'Afrique du Nord compte 4 régiments de tirailleurs dont 3 algériens (RTA) et 1 tunisien (RTT). Les tirailleurs algériens, aussi appelés Turcos, sont regroupés en régiment de 3 400 soldats. Chaque régiment est composé de trois bataillons et chaque bataillon comprend quatre compagnies et compte 1100 hommes et deux mitrailleuses. Une compagnie d'infanterie compte 4 sections de 60 hommes. À la mobilisation, les neuf régiments de tirailleurs algériens et tunisiens représentent quarante bataillons dont dix-neuf se trouvent au Maroc. 32 bataillons sont envoyés en France en août et septembre 1914, six demeurent au Maroc et deux en Algérie. Au cours du conflit, l'effectif s'accroît avec la formation de régiments de marche (RMT) et de régiments mixtes de Zouaves et de Tirailleurs (RMZT). Deux réorganisations se produisent, l'une en décembre 1914 et l'autre en mars 1915. Elles se traduisent par l'apparition de neuf régiments de marche, numérotés de 1 à 9 qui comprendront au cours des trois années de guerre suivantes quelque 63 bataillons auxquels s'ajouteront 12 supplémentaires dans les derniers mois de la guerre.

  • Les Tirailleurs marocains

En 1912, les premières troupes auxiliaires marocaines sont créées. En août 1914, le général Ditte dispose de 2 régiments de chasseurs indigènes qui formeront la brigade marocaine dès le 25 août 1914. La brigade s'illustre au cours des combats de l'Ourcq et de l'Aisne lors de la bataille de la Marne. Sur 5 000 tirailleurs, seuls 700 sont valides après la fin de la bataille. Ainsi, le 23 septembre 1914, la brigade est décimée et dissoute. Après la bataille, leur faits d'armes provoque l'admiration et ils reçoivent les félicitations du Général Maunoury, commandant la VIe armée française, puis d'Alexandre Millerand alors ministre de la guerre. Les survivants sont reversés dans un nouveau régiment : le régiment de marche de chasseurs indigènes. Le 01er janvier 1915, le régiment devient le Régiment de Marche de Tirailleurs Marocains (R.M.T.M) et est placé sous les ordres des colonels Poeymirau puis Auroux. En mars 1918, le R.M.T.M devient le 1er R.M.T.M lorsqu'un deuxième régiment, le 2e R.M.T.M, est créé. Au final, la contribution du Maroc se monte à six bataillons regroupés dans deux régiments de marche. Les pertes marocaines s'élèvent à environ 25 % de leurs effectifs. Les deux régiments, les 1er et 2e Régiment de marche des tirailleurs marocains (RMTM), seront plusieurs fois cités à l'ordre de l'Armée et décorés de la fourragère.

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  • Les Tirailleurs tunisiens

La Grande Guerre est le premier conflit où des Tunisiens sont incorporés dans l'armée française. Le 01 er août 1914, la France mobilise en Tunisie 62 461 musulmans, contre 9 000 Français de Tunisie, en plus des 24 442 « travailleurs coloniaux », soit un total de 86 903 hommes. Le 02 août 1914, le 4e régiment de marche (RMT) est formé en Tunisie. Il est initialement composé des 6e et 1er bataillons du 4e RTT. Il compte 7 500 Tunisiens. Les volontaires sont peu nombreux, à peine 2 500 en 6 mois malgré la prime initiale de 200 francs français et une prime trimestrielle de 100 francs français versée en plus des indemnités quotidiennes. Ce manque de volontaires provient des nombreux échecs subis par l'armée française. Le 29 octobre 1914, le 4e RMT reçoit le 5e bataillon du 4e RTT en provenance du régiment de marche de tirailleurs de la division marocaine. D'abord rattaché à la 38e DI, le 4e RMT passe à la division marocaine le 24 novembre 1914, aux côtés des RMLE, 7e RTA ainsi que du 8e RMZ. Au 1er décembre 1917, la Tunisie a fourni 12 000 tirailleurs, 14 100 rappelés, 3 9 000 volontaires et 18 500 appelés. À ce chiffre, il faut ajouter 10 300 travailleurs coloniaux et 12 000 ouvriers agricoles. Le 04 août 1918, il intègre la 2e division marocaine. En 1917, les faits d'armes des tirailleurs tunisiens du Chemin des Dames à Verdun leur valent, en plus de la Croix de guerre et la Légion d'honneur, six citations à l'ordre de l'armée pour le régiment et sept pour les bataillons ainsi qu'une participation au défilé du 14 juillet 1919. Étant peu précises, les estimations françaises parlent de 10 500 tirailleurs tunisiens morts sur 63 000 engagés dont 38 251 envoyés sur le front français. Si on y ajoute les ouvriers et travailleurs coloniaux, on peut compter environ 35 900 Tunisiens décédés durant le conflit.

  • Les Spahis

À travers l'Histoire, leur nom évolue passant de chasseurs indigènes, puis de mamelouks pour enfin devenir des spahis. Les spahis composent la cavalerie coloniale au même titre que les chasseurs d'Afrique. Au déclenchement de la guerre, il existe quatre régiments de spahis algériens (RSA) basé en Algérie française. Ils sont directement envoyés en France, comme renfort de cavalerie. Un 5e régiment de spahis algériens (RSA) est créé lors de la mobilisation générale d'août 1914. Un mois plus tard, en septembre 1914, est constituée une brigade de marche à l'aide d'escadrons provenant de toutes les unités. Cette brigade, commandée par le colonel Martin de Bouillon, se compose des 1er et 2e régiments de marche des spahis qui, en août 1915, sont renommés 6e et 7e spahis algériens. Les spahis algériens se distinguent directement au combat en épaulant admirablement bien l'infanterie française en difficulté lors de la bataille de la Marne. Après ce fait d'arme, les spahis doivent mettre pied à terre vu l'apparition de la guerre des tranchées. En attendant de pouvoir à nouveau charger sabre en main, ils doivent se contenter de missions de communications.

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Les troupes d'Afrique noire

  • Les Tirailleurs sénégalais

En 1857, l'administrateur colonial, Louis Faidherbe, en manque d'effectifs pour faire régner l'ordre colonial, crée le corps des tirailleurs sénégalais. Jusqu'en 1905, ce corps intègre des esclaves rachetés à leurs maîtres locaux puis des prisonniers de guerre et même des volontaires d'origines diverses. Contrairement aux apparences, les tirailleurs sénégalais ne sont pas nécessairement Sénégalais. Ils sont recrutés dans toute l'Afrique noire aussi bien en Afrique de l'Est qu'en Afrique centrale et occidentale. Le terme « sénégalais » leur est donné du fait que le premier régiment de tirailleurs a été créé au Sénégal. Le recrutement est fondé sur le décret du 07 février 1912 qui institue le recrutement par voie de réquisition car en Afrique l'état-civil est inexistant. Il est donc impossible de procéder au recrutement par voie de conscription. Il est prévu dans les textes que les indigènes de race noire du groupe de l'Afrique-Occidentale française peuvent en toutes circonstances être désignés pour continuer leur service en dehors du territoire de la colonie et précise que la durée du service actif est de quatre ans. Les administrateurs coloniaux fixent des quotas aux chefs de cantons qui répercutent l'information auprès des chefs de villages. Très souvent, la tendance naturelle dans les chefferies locales est de désigner les hommes qui représentent pour un motif ou un autre, une charge pour la société. Au total, 200 000 tirailleurs sénégalais sont recrutés dont 135 000 sont envoyés en Europe. Il est rare qu'un régiment de tirailleurs sénégalais soit envoyé au combat. En France, la règle est la mixité, c'est-à-dire qu'au sein d'un régiment d'infanterie coloniale (RIC), un bataillon d'Européens est retiré pour être remplacer par un bataillon d'Africains. Ainsi transformés, les RIC deviennent les RMIC. Les tirailleurs sénégalais se couvrent de gloire à la bataille d'Ypres en 1914, à Dixmude fin 1914 et lors de la prise du Fort de Douaumont en octobre 1916. Ils participent ensuite à la bataille du Chemin des Dames en avril 1917 au cours de laquelle ils perdent plus de 7 000 hommes sur 16 500 engagés. Entre 1914 et 1918, les tirailleurs sénégalais perdent environ 30 000 hommes. En 1919, ils seront aussi engagés en mer Noire, lors de l'intervention française dans la guerre civile russe contre les Bolcheviques.

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Le bilan

  • L'effort de guerre colonial

Au final, ce sont 600 000 soldats coloniaux et indigènes qui sont recrutés entre 1914 et 1918. Parmi eux, 407 000 sont envoyés en Europe. Les coloniaux incorporés viennent essentiellement de la Réunion, de la Guyane et de la Martinique et des vieilles colonies, Guadeloupe, Saint-Pierre-et-Miquelon, Comptoirs indiens et des Quatre communes du Sénégal. Au total, ce sont 38 220 coloniaux qui y sont recrutés. Quant aux indigènes, qui constituent le plus gros contingent, ils proviennent d’Afrique noire, de Madagascar, de la Côte des Somalis et du Pacifique. Au total, ce sont 293 756 indigènes qui sont recrutés dont 178 000 Algériens et 165 229 tirailleurs sénégalais.

 

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