La Grande Guerre

Les colonies, les dominions et les protectorats britanniques

  • L'importance des colonies

Au début du XXe siècle, l'Empire britannique connaît une ampleur et une puissance inégalées. Il englobe 1/4 des terres du globe et compte pas moins de 458 millions de sujets. Il se compose de colonies, de dominions et de protectorats. Les dominions (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Terre-Neuve, Union d'Afrique du Sud) disposent d'une grande autonomie incluant des privilèges en matière d'affaires étrangères et de défense. C'est également le cas en matière militaire. C'est pourquoi durant le conflit, les troupes des dominions disposent de leurs propres caractéristiques et statuts, même si elles sont sous commandement britannique.

  • Le recrutement

Dès le 05 août 1914, le conseil de guerre britannique décide d'envoyer une division indienne en Égypte et de tenir prêtes une brigade de cavalerie ainsi qu'une division supplémentaire en vue d'une mobilisation outre-mer. Face à l'avance des Allemands et aux pertes du contingent britannique en France, le gouvernement décide d'envoyer ces unités à Marseille. C'est ainsi que les premiers soldats indiens débarquent en France le 26 septembre 1914. Ces troupes font la une des presses avant et après leurs premiers combats. Cependant fin de l'année 1915, suite aux problèmes d'acclimatation des Indiens en Europe, les troupes d'infanterie indiennes sont retirées des champs de batailles européens. Ils sont ensuite transférés en Mésopotamie. L'attention du gouvernement britannique se porte alors sur les Africains.

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En mai 1916, Winston Churchill exige à la Chambre britannique la création d'une "black army" qui sera entraînée avant d'être envoyée sur le front européen. En octobre de la même année, c'est le major Stuart-Stephens qui lance un appel afin de puiser dans le réservoir africain à l'instar des Français. Tout comme chez les Européens, il existe dans l'esprit britannique une hiérarchie des "races" selon laquelle les blancs occupent le sommet de l'humanité, les noirs le bas et les Indiens une position intermédiaire. En plus de cette classification, il existe chez les Britanniques une distinction entre les races guerrières et les races non guerrières. Ainsi les Indiens et les Maoris de Nouvelle-Zélande sont considérés comme de grands guerriers. Devant le refus de l'ensemble des gouverneurs britanniques en place en Afrique, le "black army" ne verra jamais le jour. Ce n'est qu'en 1918 qu'il est décidé de constituer une brigade ouest-africaine qui pourra intervenir en Salonique, en Palestine, en Égypte ou en Mésopotamie.

  • Les critiques

La création de la "black army" se heurte rapidement à des protestations venant à la fois des militaires, des autorités coloniales et des représentants des sud-africains. Leurs arguments reposent sur trois principes : le premier juge inhumain la mobilisation d'Africains en Europe, le second est la crainte d'une insurrection des vétérans "éduqués" de retour au pays, la troisième réside dans le doute de la valeur des troupes africaines aux combats dans une guerre européenne. Tous les gouverneurs des colonies britanniques en Afrique orientale et occidentale rejetant ainsi la demande de recrutement de troupes pour l'Europe. La crainte d'une révolution des noirs est même évoquée en Afrique du Sud en cas de mobilisation forcée.


Les troupes des colonies

  • L'Indian Army

Entre 1903 et 1947, l'Armée de l'Inde comprend deux entités distinctes : l'Armée indienne (Indian Army) composée de régiments indigènes commandés par des officiers britanniques et l'Armée britannique en Inde (British Army in India) constituée de régiments britanniques stationnés en Inde. Les recrues de l'Indian Army font partie des races dites martiales. Le gouvernement britannique classe les peuples indiens en ethnies guerrières et non guerrières. Une race martiale est considérée comme brave et bien bâtie pour le combat, mais aussi moins intelligente. Ce recrutement subjectif crée un esprit de compétition entre les différentes ethnies indiennes, ce qui sert la politique britannique du "diviser pour mieux régner". Parmi les ethnies martiales, on peut citer les Sikhs du Panjab, les Gurkhas du Népal, les Balochs, les Dogras, les Garhwalis, les Jats, les Pathans et les Rajputs. Même si l'Indian Army est organisée sur le modèle britannique, il existe quelques différences significatives telles que le nombre de soldats par régiment ou par division. Au sein de l'Indian Army, il existe des bataillons mixtes du point de vue ethnique. Il y a deux types d'officiers : britanniques et indiens. Les officiers britanniques sont supérieurs aux indiens. Il existe des rangs propres aux Indiens comme le subadar (équivalent du capitaine) ou le jemadar (équivalent au lieutenant).

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  • La British Army in India

Entre 1903 et 1947, l'Armée de l'Inde comprend deux entités distinctes : l'Armée indienne (Indian Army) composée de régiments indigènes commandés par des officiers britanniques et l'Armée britannique en Inde (British Army in India) constituée de régiments britanniques stationnés en Inde.

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  • L'Indian Corps

Afin d'envoyer des troupes sur le front occidental permettant de renforcer le BEF, l'Indian Corps, corps expéditionnaire indien, est créé à partir de soldats prélevés au sein des deux armées indiennes britanniques existantes dans le pays. Deux divisions d'infanterie, la 3e (Lahore Division) et la 7e (Meerut Division), et deux divisions de cavalerie, la lre et la 2e sont envoyées en France depuis Bombay et Karachi. Les premières troupes débarquent à Marseille à la fin du mois de septembre 1914. De là, elles sont convoyées par train jusqu'à Orléans d'où elles rejoignent le front à marche forcée. À la fin du mois d'octobre, le 129e régiment de Baluchis est engagé dans des combats en Belgique et subit d'importantes pertes. Avec l'arrivée de l'hiver, les troupes indiennes, dépourvues de vêtements chauds, souffrent cruellement du froid et de l'humidité dans les tranchées. Elles sont retirer du front pour leur permettre de reconstituer leurs forces. Pendant ce temps, les débarquements se poursuivaient à Marseille et, à la fin de l'année 1914, les troupes indiennes sont constituées en un corps séparé, l'Indian Corps, et intégré à l'armée britannique en France. Elles sont placées sous le commandement de sir James Willcoxs. L'Indian Corps est alors constitué de 28 500 soldats et sous-officiers indiens ainsi que de 16 500 soldats britanniques. L'Indian Corps a pour mission de tenir un secteur du front de quelques dizaines de kilomètres. Malgré les pertes et les souffrances multiples liées à ce premier hiver européen, l'Indian Corps est engagé en 1915 dans un certain nombre d'offensives, d'abord à Neuve-Chapelle en mars 1915 où les Indiens jouèrent un rôle décisif, puis à Festubert en mai 1915, et enfin à Loos en septembre 1915. À ce moment-là, les pertes s'élèvent à 8 000 morts et plusieurs dizaines de milliers de blessés. La performance des troupes indiennes fait l'objet d'âpres discussions au terme desquelles il ressort que ces troupes ne survivraient pas à un deuxième hiver européen. Aussi, les Britanniques décident-ils de retirer les deux divisions d'infanterie indiennes du front occidental et de les envoyer en Mésopotamie, où des troupes indiennes et britanniques rencontrent de grandes difficultés dans leur marche vers Bagdad face aux Ottomans. Le réembarquement des deux divisions d'infanterie indiennes commence en janvier 1916. 30 000 Indiens partent ainsi de Marseille pour gagner le Moyen-Orient. Quand aux rescapés des deux divisions de cavalerie, entre 13 000 et 14 000 cavaliers, ils passent encore deux années en Europe où ils sont employés à des tâches non combattantes comme le creusement de tranchées. Avec la guerre des tranchées, les cavaliers n'ont plus vraiment d'utilité sur le front. Par contre, la main d'oeuvre se fait très rare. Les cavaliers indiens participent encore à deux batailles limitées sur la Somme en 1916 et à Cambrai en novembre 1917. Ils sont ensuite envoyés en Palestine et rejoignent les troupes d'Allenby. Au total, 90 000 soldats de l'Indian Corps participent aux combats en Europe. Environ 8 500 y laissent la vie et 50 000 y sont blessés.

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Les troupes des dominions

  • L'Australian Imperial Force (AIF)

En 1914, l'Australie est peuplée de 4 400 000 d'habitants blancs et de 80 000 autochtones. Elle possède une petite armée de métier complétée par 45 000 réservistes provenant d'une formation militaire obligatoire suivie à intervalles réguliers. Dès août 1914, l'Australie décide de mettre en place l'AIF qui compte initialement 20 000 hommes. Contrairement au Canada ou à l'Afrique du Sud, les habitants blancs de l'Australie sont presque tous originaires du Royaume-Uni. Ils partagent par conséquent l'enthousiasme des Britanniques aux premiers jours de la guerre. Ce fait, associé à une campagne de recrutement intense, fait qu'au début du conflit les volontaires ne manquent pas. En novembre 1914, le premier convoi pour l'Europe est en route. À sa tête, le général William Bridges qui assure aussi le commandement de la division d'infanterie. Le second convoi part dès le mois de décembre 1914. Après les pertes et l'enlisement des soldats de l'AIF à Gallipoli, l'enthousiasme australien faiblit rapidement. Aussi, le Premier ministre William Hugues demande l'établissement d'un service militaire obligatoire. Sa demande est rejetée par deux fois. L'Australie n'enverra donc que des volontaires tout au long de la guerre. En dépit de la campagne manquée de Gallipoli, les soldats australiens vont acquérir une réputation de véritables combattants notamment au cour des batailles d'Ypres et au cours de la bataille des Mines près de Messines en juin 1917. Lors des premiers recrutements en Australie, les autochtones ne peuvent s'engager pour éviter les problèmes liés à la discrimination dont ils pourraient faire l'objet. Au fur et à mesure du prolongement de la guerre, les règles deviennent moins strictes et environ 400 autochtones probablement d'origine mixte (autochtone et européenne) servent sous le drapeau australien outre-mer. Au total, sur les 421 809 volontaires australiens, 330 000 combattent outre-mer. Parmi eux, 61 928 perdent la vie.

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  • La Canadian Expeditionnary Force (CEF)

Au déclenchement de la guerre, le Canada n'a qu'une petite armée de métier constituée de 3 110 hommes. Néanmoins en l'espace de deux mois, 30 000 volontaires, dont 6 000 québécois, se sont engagés et sont prêt à partir pour l'Europe. Le départ du premier contingent a lieu le 03 octobre 1914. À l'instar du gros de la population de ce jeune pays qu'est le Canada, la CEF est constituée de très nombreux immigrants. Parmi ceux-ci, on retrouve des Britanniques, des Ukrainiens, des Russes, des Scandinaves, des Belges, des Néerlandais, des Français, des Américains, des Suisses, des Chinois, des Japonais et des autochtones. Le 22 avril 1915, la 1st Canadian Division est victime de la première attaque au gaz des Allemands. Lors de la contre-attaque qui s'ensuit, les Canadiens subissent de très lourdes pertes. Après la sanglante bataille de Vimy en 1917, la CEF a besoin de renforts. Aussi, le gouvernement canadien instaure-t-il le service militaire obligatoire en 1917. Pratiquement tous les Canadiens francophones s'y opposent alors que les Canadiens anglophones y adhèrent. L'opposition francophone est tellement forte que des émeutes éclatent dans la ville de Québec à Pâques 1918. Les soldats doivent tirer sur la foule pour contenir ces émeutes.

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  • La New Zealand Division

Les premiers néo-zélandais qui composent le corps expéditionnaire néo-zélandais (NZEF) sont des miliciens nationaux néo-zélandais blancs. Par la suite, dès le mois de février 1915, le gouvernement décide que les indigènes peuvent intégrer l'armée néo-zélandaise. Bien que faisant l'objet de discrimination, les Maoris sont convaincus par les parlementaires maoris que leur participation à la guerre permettra de faire entendre leur exigence d'égalité avec les blancs. Malgré leur opposition au conflit mondial, de nombreux volontaires maoris se présentent pour s'engager et ainsi compléter le NZEF. En 1916, il existe 4 régiments néo-zélandais portant chacun le nom d'un district militaire, à savoir Auckland, Canterbury, Otago et Wellington. Au front, la division NZD est presque toujours mobilisées en compagnie de divisions australiennes avec lesquelles elle forme le 2e ANZAC. En Flandre, la division connaît triomphe et carnage. Ainsi, le 04 octobre 1917, durant la bataille de Broodseinde, elle fait plus de mille prisonniers de guerre allemands et parvient, avec l'aide des troupes australiennes, à déplacer le front de plus d'un kilomètre et demi. Quelques jours plus tard, le 12 octobre 1917, lors de la bataille de Passchendaele, la division voit 846 de ces soldats mourir et 2 000 autres être blessés. C'est le jour noir des néo-zélandais dont le moral subit un véritable choc. La division reste néanmoins dans la région d'Ypres jusqu'en février 1918. Au final, 120 000 soldats néo-zélandais prennent par aux combats. Parmi eux, 100 000 sont envoyés en Europe et les autres à Gallipoli.

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  • Le Corps médical canadien

À l'instar des hommes, 3 000 Canadiennes s'engagent et partent en Europe au sein du Corps médical canadien.

  • Le Newfoundland Regiment

Avant de devenir la 10e province du Canada en 1949, Terre-Neuve est un dominion britannique qui ne possède pas d'armée mais un cadet corps, sorte de mouvement de jeunesse militaire. Lors du déclenchement de la guerre, le Newfoundland Regiment est créé et attire rapidement des volontaires. Le premier contingent s'embarque pour la Grande-Bretagne le 03 octobre 1914. Grâce à l'ajout d'un deuxième contingent de Terre-Neuve, il atteint la taille d'un bataillon, et est nommé le 1st Newfoundland Regiment en février 1915. Il est ensuite renommé The Royal Newfoundland Regiment, le 25 janvier 1918. Au total, 6 500 hommes y servent ainsi que 2 000 autres dans la Royal Navy. Ce régiment est surtout connu pour les énormes pertes qu'il subit le 01 juillet 1916 au premier jour de la bataille de la Somme. Des 800 Terre-Neuviens qui prennent par à l'offensive, seuls 70 regagnent leur position de départ. Les Terre-Neuviens reviennent sur le champ de bataille lors de la 3e bataille d'Ypres près de Langemark en 1917. Ils font ensuite partie de la grande offensive de 1918 toujours à Ypres. Après une brève participation à l'occupation du Rhin en 1919, les soldats du Newfoundland Regiment rentreront chez eux et le régiment sera dissous.

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  • Les Afrikaners

Le déclenchement du conflit en août 1914 suivi de la rébellion Maritz provoque la division entre les Afrikaners. En vertu des liens du dominion, l'Afrique du Sud se retrouve automatiquement engagée dans le conflit européen par la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à l'Allemagne. Le gouvernement de l'Union exprime immédiatement sa loyauté envers Londres, invoquant l'honneur et le devoir de l'Afrique du Sud. Il fait mobiliser des troupes pour être envoyées sur le front européen . De son côté, Londres demande également que l'Union s'empare des ports du Sud-Ouest africain allemand et de tous les postes militaires de la colonie germanique. Pour une importante partie de la communauté afrikaner, l'idée de se battre pour le Royaume-Uni est extrêmement impopulaire. Un groupe d'anciens officiers de la guerre des Boers s'élève contre cet engagement dans la guerre. Ce soulèvement retarde jusqu'en 1915 une offensive contre le Sud-Ouest africain allemand. Pendant toute la durée de la guerre, les troupes sud-africaines combattent essentiellement sur le territoire africain conjointement à celles de l’Empire britannique. Seule la 1re brigade sud-africaine est envoyée en Europe en novembre 1915, où servent près de quarante-trois mille d’entre eux. Les troupes sud-africaines participent également à des travaux forestiers et combattent sur le front d’Orient.


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Le bilan

  • L'effort de guerre colonial

Au final, ce sont 1 300 000 soldats en provenance des Dominions qui sont recrutés entre 1914 et 1918. La plupart d'entre-eux servent sur le front occidental. À cela, il faut ajouter les 1 400 000 d'Indiens, dont 870 000 soldats, qui sont également mobilisés pour venir en aide à la mère patrie.

 

 

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