La Grande Guerre

Les tranchées, version française

La guerre des tranchées est une forme de guerre où les belligérants s'abritent dans des lignes creusées à même le sol pour éviter l'incroyable puissance de feu de l'artillerie ennemie. Cette guerre devient par la force des choses une guerre de positions dont les trancgées sont protégées par des champs de fils barbelés. Il en résulte des batailles compliquées où les pertes humaines sont effroyables et où le défenseur a toujours l'avantage sur l'attaquant.

  • Les origines des tranchées

Avant l'apparition des armes à feu, les douves autour des châteaux forts et les fossés peuvent être considérés comme les ancêtres des tranchées. Au XVIIe siècle, l'architecte mililtaire et ingénieur français Sébastien Le Prestre, plus connu sous le nom de Vauban, révolutionne la prise des places fortes en faisant construire des réseaux de tranchées autour de la citadelle. Dans ce cas, les tranchées prennent une vocation offensive. Il faut attendre 1840 pour voir un premier réseau élaboré de tranchées et de bunkers employés, avec succès, par les Maoris pour se protéger des armes à feu britanniques lors des Guerres maories. Les pertes britanniques à la Bataille d'Ohaeawai en 1845 se montèrent à 45%, prouvant qu'une puissance de feu supérieure ne suffit pas pour venir à bout des défenseurs d'un système de tranchées.

Au début du XXe, l'utilisation de tranchées rudimentaires est employée à une plus grande échelle lors de la guerre de Crimée, de la guerre civile américaine, de la guerre russo-japonaise et lors de la seconde guerre des Boers. Lors de ces différents conflits, les défenseurs érigent des protections à même le sol ou s'enterrent dans le sol afin de se protéger de la puissance de feu ennemie qui leur est nettement supérieure. En plus de protéger les soldats, l'autre avantage des tranchées est la possibilité de pouvoir déplacer des troupes sans les exposer directement au feu ennemi.

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  • La tactique et les tranchées

Bien que la technologie change radicalement la nature de la guerre en 1914, les armées n'ont pas anticipé les conséquences de ce changement. Les armées allemandes, britanniques et françaises adoptent des tactiques militaires très différentes. Les Français privilégient l'attaque-surprise menée rapidement et soutenue par l'excellent canon de 75 mm. Les Allemands misent sur la puissance de feu, investissant largement dans les obusiers et les mitrailleuses. Quant aux Britanniques, ils manquent de tactiques cohérentes étant donné que les officiers de carrière rejettent la théorie des nouvelles technologies en faveur de l'expérience acquises depuis des centaines d'années de combats à travers le monde.


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Les attaques frontales des tranchées entraînent des pertes humaines colossales. Très vite, les États-majors allemands et français comprennent que les attaques doivent se faire par les flancs pour éviter trop de pertes parmi les soldats. Ainsi, à la suite de la première bataille de la Marne, les deux armées ennemies tentent vainement d'attaquer le flanc des défenses adverses dans ce qui sera nommé par la suite la course à la mer. Un réseau parallèle de tranchées s'établit alors de la mer du Nord à la Suisse. Cette situation de blocage durera jusqu'à l'offensive Michael au printemps 1918.

  • Les premières tranchées de 1914

Lors des premières offensives de la Grande Guerre, les soldats sont soumis aux énormes puissances de feu de l'artillerie ennemie. Pour se protéger, ils creusent spontanément des trous pour s'y abriter. Dans un premier temps, les tranchées ne sont que la réunification des trous individuels mis en relation les uns avec les autres afin de pouvoir communiquer. Ces premières tranchées sont simples. Elles manquent de solidité et en accord avec les doctrines d'avant-guerre, elles sont remplies de soldats côte à côte, ce qui mène à de lourdes pertes du fait des tirs d'artillerie. Cependant, la longueur du front à défendre fait que les tranchées ne sont rapidement tenues que par une poignée d'hommes. L'importance des barbelés est vite reconnue et chaque nuit, des soldats sortent des tranchées pour les installer ou pour les réparer.

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Ces premières tranchées se transforment alors rapidement en un réseau de plus en plus complexe pouvant résister à la fois aux bombardements d'artillerie et aux assauts de l'infanterie ennemie. Les abris enterrés deviennent la priorité. L'espace entre les tranchées des belligérants, connu sous le nom de no man's land, dépend du champ de bataille. Sur le Front de l'Ouest, il mesure souvent entre 90 et 200 mètres de large, mais il peut aussi se réduire à une vingtaine de mètres comme lors de la bataille de la crête de Vimy. Sur le front de l'Est et au Moyen-Orient, les fronts sont si étendus que la guerre de tranchées telle qu'elle existe sur le front de l'Ouest ne peut pas avoir lieu.

  • La science des tranchées

Les tranchées ont généralement une profondeur de 3 m. Elles ne sont jamais en ligne droite, mais creusées en zigzag pour éviter les tirs en enfilade et réduire les effets d'un obus tombant dans la tranchée. Cela signifie qu'un soldat ne peut voir à plus de 9 m. La bande de terre sur le côté de la tranchée face à l'ennemi, appelée le parapet, possède des ouvertures destinées au tir. Le monticule de l'autre côté de la tranchée, appelé le parados, protège la tranchée des obus tombant derrière elle. Les murs de la tranchée sont souvent renforcés par des sacs de sable, des planches de bois ou un grillage. Le fond de la tranchée est communément recouvert de caillebotis pour éviter de marcher dans la boue.

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Les tranchées sont cependant très différentes selon les circonstances. Lors de la bataille, elles se réduisent souvent à de simples fosses, mais certaines tranchées peuvent recevoir des abris souterrains bétonnés ou des toits de terre. Pour permettre au soldat de voir à l'extérieur de la tranchée sans s'exposer, des créneaux sont réalisés à l'aide de sacs de sable. Ils sont parfois renforcés à l'aide d'une plaque de métal. Une autre méthode est l'utilisation de périscopes. Lors de la Bataille de Gallipoli, les troupes de l'ANZAC développent un fusil à périscope permettant de tirer sans s'exposer au-dessus du parapet.

Les trois méthodes pour creuser une tranchée

  • Un homme se tient sur la surface et creuse la tranchée. Cette méthode est la plus efficace, car plusieurs hommes peuvent creuser simultanément. Cependant, les soldats sont complètement exposés aux tirs ennemis, cette méthode est donc utilisée la nuit ou à l'arrière du front ;

  • On creuse une extension de la tranchée en creusant l'extrémité de la tranchée. Les hommes ne sont pas exposés, mais seul un homme ou deux peut travailler simultanément ;

  • La troisième méthode s'apparente à la seconde sauf qu'un « toit » de terre est maintenu jusqu'au dernier moment. Les soldats creusent donc un tunnel.

Selon le manuel de construction britannique, il faut 6 heures à 450 hommes pour construire une tranchée de 250 mètres. Celle-ci nécessite un entretien constant pour empêcher sa détérioration du fait du climat ou des obus. Sur la fin de la guerre, les Allemands concevront quelques engins pour creuser les tranchées à la place des soldats épuisés par cette guerre interminable.


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  • Les réseaux de tranchées

Très tôt dans la guerre, la doctrine défensive britannique recommande un réseau de tranchées composé de trois lignes parallèles reliées par des tranchées de communication. Les points où les tranchées de communication interceptent les lignes principales sont d'une importance vitale et sont par conséquent bien protégés. La première ligne de tranchées est la ligne la plus exposée car c'est la première que doivent franchir les fantassins ennemis. Elle est donc bien pourvue en postes de tir et possède quelques abris sommaires.  Environ 70 mètres à l'arrière, la tranchée de seconde ligne sert de repli en cas de bombardement de la tranchée de première ligne ou de zone de rassemblement lors d'une offensive. On y trouve des abris plus ou moins profonds et des stations médicales. Il existe parfois une troisième ligne de tranchées, la tranchée de réserve, située à 150 voire 2 000 mètres de la première ligne. Cette ligne sert de chemin de ravitaillement et de zone de stockage pour les munitions, les provisions et le matériel. Les soldats peuvent également y prendre un peu de repos.

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À l'arrière du système de tranchée, on peut trouver un second réseau de tranchées partiellement préparé prêt à être occupé en cas de retraite. Les Allemands construisent souvent de multiples systèmes de tranchées. En 1916 sur le front de la Somme, ils disposent de deux systèmes de tranchées distants d'un kilomètre et d'un troisième réseau partiellement construit un autre kilomètre à l'arrière. Cette redondance rend une percée décisive quasiment impossible. Les Allemands, qui ont basé leurs connaissances sur les études de la Guerre russo-japonaise, élèvent la construction de tranchées au rang de science. Ils construisent des abris ventilés en béton armé à plusieurs mètres sous terre ainsi que des points d'appui très fortifiés. Ils sont plus enclins que leurs adversaires à réaliser une retraite stratégique vers des positions mieux préparées. Ils sont également les premiers à appliquer le concept de défense en profondeur avec une ligne de front large d'une centaine de mètres et composé d'une série de redoutes au lieu d'une tranchée continue. Chaque redoute peut protéger ses voisines et, tandis que l'infanterie avance, elle s'expose à des tirs en enfilade. Les Britanniques adoptent finalement une approche similaire, mais elle n'est que partiellement réalisée lorsque les Allemands lancent leur offensive au printemps 1918 et se montre complètement inefficace. La France, par contraste, compte sur l'artillerie et les réserves, pas sur le retranchement. Les fils barbelés placés en ceintures de 15 mètres de large diffèrent également. Les fils allemands sont plus épais que les fils britanniques et les premiers outils de découpage britanniques conçus pour les fils fins sont inefficaces contre les fils allemands.

  • Le no man's land

Le no man's land est une expression anglais qui signifie « terre sans homme ». C'est la zone qui sépare les tranchées des belligérants qui s'affrontent dans cette zone. Pour les deux camps, la présence humaine dans cette zone est considérée comme une agression et peut donc être éliminée. Durant la Grande Guerre, le no man's land est souvent une zone ravagée par les obus qui provoquent des trous béants dans le sol et l'absence de toute végétation. Lors des assauts frontaux, les soldats doivent traverser cette zone à découvert, en évitant les trous d'obus ainsi que les cadavres, et en marchant dans la boue lors des pluies d'automne. En général, les limites du no man's land sont définies par des fils barbelés qui protègent l'accès des tranchées où se terrent les soldats.

 

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